jeudi 23 août 2012

La rencontre (Maternelle 3eme section)

La rencontre (Maternelle 3eme section)
Par Robbie

Souvenir

On a parfois du mal à se faire à l'idée que des bambins, à peine âgés de 5 ans, puissent faire preuve de cruauté. Pourtant, je dois ma première véritable rencontre avec Jay à cette même cruauté infantile... Nous étions en troisième section de maternelle, et avions 5 ans. J'étais plutôt timide, à l'époque.

De ma cachette, en haut d'un arbre, j'observais tout ce qui se déroulait dans la cour. Mon regard s'était porté sur un trio d'enfants. L'un d'eux, une fillette rousse, était à genoux, pleurant à chaudes larmes devant une poupée décapitée et démembrée. Deux garçons en face d'elle riaient à gorge déployée. Avec précautions, j'étais descendu de mon fidèle ami le platane et, surmontant ma honte du regard des autres, je m'apprêtais à aller l'aider. Elle n'eut pourtant pas besoin de mon soutien... Elle a levé des yeux assassins vers les deux débiles qui s'en étaient pris à elle puis s'est doucement levée. Sans se démonter, elle a saisi chacun d'eux par les cheveux dans une de ses mains et a cogné leurs crânes l'un contre l'autre. En poussant un rugissement digne d'une énorme bestiole... Entendre ce genre de cri de la part d'un gamine, c'est carrément flippant, quand même...
_Vous avez cassé ma poupée! a t-elle guelé.
Et elle les a cogné une nouvelle fois l'un contre l'autre. Ils ont poussé un cri commun et se sont mis à pleurer comme elle l'avait fait auparavant. Agacée, elle les a lâché brusquement.
_Laissez moi tranquille maintenant! a t-elle crié.
Ils ont pris leur jambe à leur cou. Je ne pense pas qu'ils aient déjà eu à courir aussi vite pour échapper à la colère d'une petite fille. Hésitant, je m'étais rapproché d'elle. Elle m'a lancé, à moi aussi, un regard froid et noir. Je crois qu'à ce moment là j'avais eu un violent frisson.
_Qu'est-ce tu veux?
Et j'ai sorti un paquet de chewing-gum, fraîchement volé à un surveillant, de ma poche. Sceptique, elle était restée sur ses gardes.
_T'aider à réparer ta poupée.
Elle n'a pas compris tout de suite, mais quand elle le fit, le plus mignon des sourires édenté que j'ai vu à ce jour s'étira sur ses lèvres.

Ce fut une poupée rafistolée au chewing-gum qu'elle a ramené chez elle. Pour me remercier, elle m'a promis de me défendre. Oui, me défendre, car à l'époque, j'étais très rond. Et les gosses s'amusaient à se moquer. Typique de la jeunesse. Et cette promesse, elle l'a tenue jusqu'à mon déménagement.

Je ne peux m'empêcher de sourire en repensant à tous ces gamins qu'elle avait remballé, juste parce qu'il avaient souri en ma présence, ou parce qu'ils riaient pas loin de moi. De moi, bien entendu... De nombreuses fois, elle s'était retrouvée au coin à cause de ça, mais chaque fois que je la regardais, elle souriait. Ce petit sourire édenté d'une incisive et d'une canine...

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