La
rencontre (Maternelle 3eme section)
Par
Robbie
Souvenir
On a parfois du mal à se faire à l'idée que des bambins, à peine âgés de 5 ans, puissent faire preuve de cruauté. Pourtant, je dois ma première véritable rencontre avec Jay à cette même cruauté infantile... Nous étions en troisième section de maternelle, et avions 5 ans. J'étais plutôt timide, à l'époque.
On a parfois du mal à se faire à l'idée que des bambins, à peine âgés de 5 ans, puissent faire preuve de cruauté. Pourtant, je dois ma première véritable rencontre avec Jay à cette même cruauté infantile... Nous étions en troisième section de maternelle, et avions 5 ans. J'étais plutôt timide, à l'époque.
De
ma cachette, en haut d'un arbre, j'observais tout ce qui se déroulait
dans la cour. Mon regard s'était porté sur un trio d'enfants. L'un
d'eux, une fillette rousse, était à genoux, pleurant à chaudes
larmes devant une poupée décapitée et démembrée. Deux garçons
en face d'elle riaient à gorge déployée. Avec précautions,
j'étais descendu de mon fidèle ami le platane et, surmontant ma
honte du regard des autres, je m'apprêtais à aller l'aider. Elle
n'eut pourtant pas besoin de mon soutien... Elle a levé des yeux
assassins vers les deux débiles qui s'en étaient pris à elle puis
s'est doucement levée. Sans se démonter, elle a saisi chacun d'eux
par les cheveux dans une de ses mains et a cogné leurs crânes l'un
contre l'autre. En poussant un rugissement digne d'une énorme
bestiole... Entendre ce genre de cri de la part d'un gamine, c'est
carrément flippant, quand même...
_Vous
avez cassé ma poupée! a t-elle guelé.
Et
elle les a cogné une nouvelle fois l'un contre l'autre. Ils ont
poussé un cri commun et se sont mis à pleurer comme elle l'avait
fait auparavant. Agacée, elle les a lâché brusquement.
_Laissez
moi tranquille maintenant! a t-elle crié.
Ils
ont pris leur jambe à leur cou. Je ne pense pas qu'ils aient déjà
eu à courir aussi vite pour échapper à la colère d'une petite
fille. Hésitant, je m'étais rapproché d'elle. Elle m'a lancé, à
moi aussi, un regard froid et noir. Je crois qu'à ce moment là
j'avais eu un violent frisson.
_Qu'est-ce
tu veux?
Et
j'ai sorti un paquet de chewing-gum, fraîchement volé à un
surveillant, de ma poche. Sceptique, elle était restée sur ses
gardes.
_T'aider
à réparer ta poupée.
Elle
n'a pas compris tout de suite, mais quand elle le fit, le plus mignon
des sourires édenté que j'ai vu à ce jour s'étira sur ses lèvres.
Ce
fut une poupée rafistolée au chewing-gum qu'elle a ramené chez
elle. Pour me remercier, elle m'a promis de me défendre. Oui, me
défendre, car à l'époque, j'étais très rond. Et les gosses
s'amusaient à se moquer. Typique de la jeunesse. Et cette promesse,
elle l'a tenue jusqu'à mon déménagement.
Je
ne peux m'empêcher de sourire en repensant à tous ces gamins
qu'elle avait remballé, juste parce qu'il avaient souri en ma
présence, ou parce qu'ils riaient pas loin de moi. De moi, bien
entendu... De nombreuses fois, elle s'était retrouvée au coin à
cause de ça, mais chaque fois que je la regardais, elle souriait. Ce
petit sourire édenté d'une incisive et d'une canine...
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